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lundi 21 janvier 2019

Tu me fatigues

Fatigue féline


La fatigue. Ce mot revient beaucoup dans les effets secondaires associés au Cancer. Il n’a l’air de rien comme ça mais ses synonymes sont souvent bien plus féroces : 
Abattu, abimé, abruti, accablé, anéanti, assommé, blasé, brisé, cassé, cerné, claqué, crevé, défraichi, délabré, démoralisé, déprimé, échiné, écœuré, écrasé, éculé, élimé, épuisé, éraillé, éreinté, fané, étourdi, éteint, excédé, exténué, faible, flapi, lassé, lessivé, pompé, mort, moulu, nase, passé, rompu, saturé, sur les dents, surmené, usé, vanné, vermoulu, vidé…
Et j’en oublie...
  • Comment te sens-tu ? 
  • Fatiguée.
Cela parait banal. C’est quoi la fatigue au fond ? Un simple affaiblissement physique ou moral ? Une sensation que tout le monde ressent, partout et tout le temps ? N’est-il pas un état censé être passager ? Lié à un effort ? Un manque de vitamines D ? De repos ? A une baisse de morale ?
La fatigue liée au Cancer et je dirais même plutôt les fatigues liées au cancer car je considère qu’il n’y en a pas qu’une, prennent tout un tas de formes différentes et ne sont pas les même pour tout le monde. Elles sont bien spécifiques et nous collent aux basques années après années… Ce qui, de mon point de vue pousse bien le cancer vers la case « maladie chronique ».
Difficile de décrire clairement ce symptôme à large spectre. Alors je vais essayer de vous faire état de ce que cela représente pour moi. Aujourd’hui, j’ai 32 ans. Cela fait donc 3 ans que mon cancer du sein a été diagnostiqué. J’ai terminé tous les traitements (chimiothérapie, opérations et radiothérapie) il y a 2 ans. J’ai repris le travail il y a 8 mois et à temps plein. 

Je ne vais pas vous parler de l’état de terrassement ressenti durant les traitements car celui-ci est à durée déterminée et clairement lié à la batterie d’examens, traitements, médicaments absorbé, au fait de vivre au quotidien sur un champ de bataille et à la détresse morale liée au fait d’avoir peur de disparaitre, de mourir, ou encore à l’injustice de la situation. 

       Je vais plutôt vous parler des fatigues qui pimentent mon quotidien encore aujourd’hui… deux années après la fin des traitements. Je les vis plutôt comme un vieillissement prématuré du corps et de l’esprit… Une version vermoulue de celle que j’étais il y a 3 ans. Oui, désormais, j’ai l’impression d’avoir déjà bien plus de 32 ans… - Je sais, forcément, je n’ai plus 20 ans… terminé les nuits blanches à taper du pied, mais tout de même … j’espérais un peu plus de vitalité ! –
En effet, bien souvent, j’ai cette sensation de manque de « jus » et d’énergie. Mon quotidien est comme une oscillation, souvent basse, mais parfois ponctuée de pics d’énergie démesurés.
Je peux donc passer d’un état proche de la lassitude du paresseux à celui de la gazelle qui peut parcourir des kilomètres… Allez comprendre. 

Certains jours j’ai besoin de plus de temps pour faire les choses, j’ai vite besoin de m’asseoir car mes jambes ne me portent plus, la tête me tourne dès que je me lève un peu vite, je me sens nauséeuse ou courbaturée. J’ai besoin d’un peu plus d’attention, d’être écoutée et surtout PAS contrariée – bon ça, mon sacré caractère y est un peu pour quelque chose -. 
D’autres jours ma jauge d’énergie est à son maximum, je suis capable seule de soulever des montagnes, de me faire une journée à rallonge, de bricoler, marcher, courir… tout ça avec le sourire et puis … ça retombe. 
Il faut apprendre à jongler avec tout cela. Et bonjour la crédibilité aux yeux des autres… 

Jolies cernes


Cette fatigue chronique ne se voit pas, pas toujours – oui les gens s’habituent vite à ces deux cernes qui soulignent votre regard… - Alors, même votre entourage oublie vite que vous n’êtes toujours pas redevenue celle d’avant et que vous ne le serez plus, jamais. Ils oublient que vous êtes un peu plus fatigué que la moyenne, que vous mettrez le double du temps à vous remettre du manque de sommeil, que vous passerez plus de temps à gravir les marches, que votre quotidien est ponctué de petits maux et de douleurs, que votre bras ne fonctionne plus correctement, que vous avez besoin de plus anticiper les choses pour y être bien préparé et les vivre de manière plus sereine. 
Mais comment les blâmer… moi aussi j’ai vite oublié avant les premières piqures de rappel de mon corps endolori et de mon esprit éparpillé ! 

       Alors il faut apprendre à écouter et comprendre son corps, et c’est loin d’être facile, cela prend du temps. Dompter cette écrasante fatigue et vivre avec. Et puis il y a tous ces jours où on a envie de dire m****, j’en ai marre de la subir ! 
Ce n’est pas seulement une fatigue physique, elle est aussi morale… On a beaucoup parlé de la charge mentale, ce syndrome de la femme épuisée, surmenée mais moi je parlerai même, dans ce cas précis, de « surcharge » mentale ! Comme cette sensation de ne plus avoir assez de place ni dans la tête ni sur les épaules pour tout porter. Le Cancer a grignoté un bout de notre capacité à encaisser et a percé notre réservoir d’énergie. Résultat : même si la brèche est colmatée… les pertes sont irrécouvrables.

Bien sûr avoir eu un cancer a fait de nous des êtres capables de relativiser beaucoup de choses, de prendre la vie et ses soucis avec un peu plus de recul… Mais quand les ennuis sont bien là, nous restons humains et il faut les gérer. Désormais, j’ai l’impression d’être bien plus vite submergée par les problèmes et je n’ai plus assez d’énergie pour en venir à bout seule. J’ai besoin d’être épaulée, de me sentir soutenue et accompagnée.

Aujourd’hui, on nous parle beaucoup de cette fatigue et apparemment « elle ne serait une fatalité ! » -ahaha- Quelles solutions avons-nous alors? Je lis beaucoup de choses sur le sport, le bien mangé, le sommeil, etc. mais pour l'instant… rien de bien concret, aucun remède miracle pour améliorer les choses! 
A part apprendre à vivre avec et l’accepter autant qu’on peut…moi je n’ai pour le moment rien trouvé de mieux. Donc si toi tu une solution… je prends !

Elliott Smith - Angeles