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lundi 29 avril 2019

Trois ans plus tard...

On rechausse les mêmes pompes mais on marche différemment 


 
        Déjà trois années se sont écoulées depuis le diagnostic de mon cancer du sein et deux ans depuis la fin des traitements. J’ai l’impression que c’était hier. Je n’ai pas vu tout ce temps défiler, pourtant pas mal de choses se sont passées et pas mal de choses ont changé dans ma vie, moi la première.

Il est temps de faire un petit bilan…

        Je ne sais pas tout à fait par où commencer… Physiquement peut-être… Ce n’est pas si mal. Ma belle chevelure a bien repoussé déjà. Ils sont presque aussi longs que lorsque je les ai perdus. De belles boucles noires ébène ont remplacé ma chevelure rousse. Je les laisse vivre. Pas de couleurs, juste une petite coupe de rafraîchissement, de temps en temps chez le coiffeur et des soins naturels à base d’huile de coco, d’argan ou d’amandes douces. J’utilise le plus de produits naturels possible et surtout à base végétale dorénavant. Je fais plus attention à ce que j’applique sur mon corps et à comment je le nourris (dans la mesure du possible).

        Mon corps… il a beaucoup changé avec les traitements. J’ai pris du poids que je n’ai pas réussi à perdre mais le sport me permet de rester tonique et de me maintenir. Je continue de courir au moins 8 kilomètres par semaine. Et puis j’ai passé trente aussi ! Alors je fais avec. Je sens qu’il s’est transformé, il a souffert de tous ces produits toxiques qui l’ont violemment traversé durant des mois…

 Mon bras droit… moins de douleurs, j’ai appris à le ménager, à moins le solliciter et je continue les séances de kiné, une fois par semaine. Je n’ai pas récupéré toute la mobilité et je ne la récupérerai pas mais ça va, je m’en accommode. Je continue d’attraper les objets en hauteur avec le bras gauche et j’évite de porter trop de poids. Je n’ai pas de lymphœdème, c’est une chance. Il sera juste un peu plus douloureux dans l’été avec la chaleur, et me gênera pour passer les vitesses en voitures par exemple. Mais ça aussi j’ai appris à vivre avec. 


        Ma poitrine… après une reconstruction avec complications, je ne m’en sors pas trop mal. Un an et demi plus tard, ma poitrine a gardé une jolie forme. Les cicatrices ne sont pas jolies  mais elles ne sont pas si mal non plus vue les circonstances, cela aurait pu être bien pire. Je continue à les masser à l’huile chaque jour depuis l’intervention. Je songerai peut-être à faire de la dermographie réparatrice plus tard…ou non. On verra bien avec le temps.

        Mes nerfs… je souffre toujours de neuropathie… La chimio s’est attaquée aux nerfs périphériques (axone) elle les a grignotés ! Cela se manifeste par une perte de sensibilité, des fourmillements, des engourdissements et parfois même des douleurs. Chez moi cela apparaît surtout lorsque je cours. Au bout de quelques kilomètres, mes pieds, puis mes chevilles, mes mollets, puis mes cuisses commencent à s’engourdir. Je suis alors obligée de m’arrêter, le temps de détendre mes jambes et de calmer le phénomène. Idem pour les bras si je les garde plus de 2 minutes en l’air, les fourmis débarquent. Rien de très grave mais cela complique parfois un peu le quotidien.

Lever du soleil 


        La fatigue en général et son lot d’effets comme les trous de mémoire, le manque d’attention, ou de concentration. Je vous en ai déjà beaucoup parlé, j’y ai même consacré tout un article. Pas plus à dire. Elle est là. Parfois un peu moins présente, elle laisse place à de l’énergie et parfois écrasante. Mais comme tout le reste, on apprend à s’y faire, à la jauger, et à planifier sa vie en fonction.

        Le moral est pas mal dans l’ensemble. Je vois la vie autrement. J’essaye d’en profiter un maximum. Bon je n’ai pas le sourire tous les jours, j’ai des petits coups de mou ou de blues comme tout le monde… mais je me sens vivante c’est l’essentiel. J’ai envie que la vie soit plus simple, plus facile, le plus de petits bonheurs possibles. Ce n’est évidemment pas possible de fuir les problèmes, surtout pour un chat noir comme moi… mais j’essaye de les vivre un peu plus sereinement (pas facile tous les jours !). Mais j’ai en tout cas appris à relativiser les petits soucis ! On ne va pas faire une montagne d’un tout petit caillou tout de même…

        J’ai repris le travail depuis bientôt un an. A temps complet. Je ne suis pas passé par la case mi-temps thérapeutique car pas évident pour un nouvel emploi surtout quand vous n’avez pas inscrit la case cancer sur votre CV. La réalité fait que lorsque l'on a besoin de subvenir à ses besoins… on n’a pas tant le choix. Les débuts ont été difficiles au niveau du rythme, de la fatigue et de la concentration. Mais aujourd’hui je m’en sors très bien. Ma direction est contente de moi et je suis aussi performante que n’importe qui. Pas de différence entre une ancienne cancéreuse et un bien portant dans le boulot.

        Bien sûr j’ai toujours peur que le cancer revienne un jour. Je me dis qu’il me laisse un peu de répit mais je sais qu’il ne rôde jamais bien loin ce triple négatif ! Chaque fois que je dois passer les examens de contrôles, IRM, Mammo, Echo… Je me transforme en boule de nerfs, j’ai peur. Mais entre deux je vis ma vie sans trop y penser. Il est là, il fait partie de moi, de la femme que je suis aujourd’hui mais il ne m’empêche plus d’avancer que ce soit professionnellement ou dans ma vie personnelle. J’ai cessé de croire que je ne pouvais plus me projeter à cause de lui.  Même si je meurs demain, j’ai le droit de continuer à avancer, faire mon petit chemin de vie, peu importe le temps que cela durera.




Lorde - Green Light