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dimanche 2 septembre 2018

Résilience

A la recherche de la Résilience 




2 septembre 2018,


La Résilience. Mais quèsaco ? On entend beaucoup parler de résilience, après la maladie, à la télévision, sur les réseaux, dans les magazines, chez les psys et les médecins. 
Au départ, je ne comprenais pas vraiment ce que ce mot signifiait. 

   Après mes traitements, à des kilomètres de cet état, lorsque je saisissais ce terme dans un témoignage, un article, un livre... je m’imaginais qu’il correspondait peut-être, à l’entrée dans une phase « Wonder World». Accepter le Cancer comme une bonne chose, croquer la vie à plein dents, avoir le sourire aux lèvres en permanence et avoir vite oublié qu’il y a encore quelques mois on était au fond du sceau, la tête dans la cuvette et plus un poil sur le caillou. 
Cela me paraissait juste inconcevable, tellement loin de ce que je pouvais ressentir et surtout, à mes yeux, une vision tellement erronée de la réalité de l’après Cancer !

   Comment toutes ces personnes qui avaient vécu la maladie comme moi pouvaient voir les choses de cette manière ?! Est-ce qu’ils ont eu une révélation ou quelque chose du genre ?! Ou bien est-ce encore une manière de jouer des apparences et tromper le monde ? Car moi j’étais juste en colère. En colère après la vie, après la mort, après le monde entier ! Je n’avais tout simplement pas envie de me dire, « oh le Cancer, c’est derrière moi, une petite parenthèse dans ma vie, mais qui m’a tellement apporté. »

   Alors j’ai fini par prendre un dico et rechercher la définition de la Résilience. 
Je cite Wiki : 
La résilience désigne la résistance d'un matériau aux chocs (le « fait de rebondir », du latin resilientia, de resiliens) : la capacité d'un corps, d'un organisme, d'une espèce, d'un système à surmonter une altération de son environnement : 
  • En écologie et en biologie, la résilience est la capacité d'un écosystème, d'une espèce ou d'un individu à récupérer un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation.
  • En économie, la résilience est la capacité à revenir sur la trajectoire de croissance après avoir encaissé un choc.
  • En physique, la résilience est une propriété qui caractérise l'énergie absorbée par un corps lors d'une déformation.
  • En informatique, la résilience est la capacité d'un système ou d'une architecture réseau à continuer de fonctionner en cas de panne".

Bob & Roberta Smith - MoCo Panacée - Montpellier

C’est là que pour moi, ce petit mot de rien du tout a pris tout son sens. J’étais à côté de la plaque ! Finalement, il décrivait avec une telle exactitude ce que l’on était tous à ce moment-là, autant pour notre corps que pour notre esprit. 
On avait résisté aux chocs, aux coups. Aux chocs physiques dans un premier temps : ceux reçus en pleine poitrine par le cancer lui-même mais aussi par le goutte-à-goutte de la chimiothérapie, les rayons laser de la radiothérapie et les coups de scalpel du chirurgien.
On avait aussi résisté aux chocs psychiques, de l’annonce de la maladie, de l’envie de tout lâcher, de s’abandonner à la mort et à la fatalité. 
On a absorbé tous ces chocs, tous ces coups, toutes ces déformations, toutes ces altérations, toutes ces pannes et toutes ces perturbations. 

Nous étions la définition même de la résilience. Mais de là à rebondir c’est une toute autre chose. 
Une fois que l’on a dépensé toute notre énergie à encaisser les coups, il ne nous en reste plus beaucoup pour redémarrer le système et nous reconstruire. 
Séquelles physiques, douleurs, perte d’envies, perte de confiance en soi, et j’en passe…
On ne fonctionne plus comme avant, on reste un peu cabossé, et quelques bugs persisteront. Dans la société de consommation qu’est devenu le monde aujourd’hui, on est vite considéré comme obsolète !

   Pour moi, il était compliqué de revenir à ma trajectoire sans un peu d’aide pour regrimper sur la corde les yeux fermés et sans filet. 
Il m’aura fallu le soutien de mes proches, le fait de courir pour me vider la tête, les ateliers de coaching, l’écriture de mon bouquin, pas mal de lecture, et de belles rencontres pour remonter la pente. 
Cela prend du temps. 

   Une fois tout en haut de ce causse, j’ai enfin pu voir que la vie offrait différents chemins. Il n’y avait pas seulement celui sur lequel on nous avait mis au départ, mais bien une multitude d’autres à emprunter. Et surtout, que tout cela était une question de choix et de croyances. 
Rien de tout cela est facile. Mais petit à petit, on peut changer sa manière de voir les choses. Briser ses barrières, laisser voler en éclat ses croyances et appréhender ses peurs. C’est à nous de décider la manière dont nous voulons voir les choses. C’est à nous de décider d’esquisser un sourire ou non. C’est à nous de décider vers où nous voulons aller. 

  Je n'ai pas franchi les portes de ce « Wonder World», mais j’ai choisi de vivre le plus de moments heureux possibles. Certains jours je suis triste, fatiguée, au bout du rouleau, en colère mais tous les autres jours, j’essaye de sourire, de saisir les beaux instants, de les ressentir, de les vivre simplement avec joie. Je ne dis toujours pas que le Cancer m’a apporté beaucoup, mais je réalise, que cette épreuve, ce choc, m’a permis de porter un autre regard sur les choses et qu’elles sont désormais un plus simples. Je déplore seulement de devoir passer par là pour prendre conscience de ce qu’est réellement la vie et enfin aller vers là où on veut aller.

Montpellier


Si tu veux être heureux, le premier pas est, de faire le choix de l’être. 

   Mes peurs sont toujours là, je sais que demain à n’importe quel moment, le cancer peut revenir frapper à ma porte, je le sens, Dame Oclès ne s’en ira jamais vraiment. C’est pourquoi j’ai choisi de vivre tout ce que j’ai à vivre. 

   Je suis, tu es, nous sommes R E S I L I E N C E. 


Born to be wild - Steppenwolf