Translate

jeudi 2 février 2017

Je vais perdre mes cheveux

 
Première coupe


23 Janvier 2016

   Aujourd'hui,- chose que je n'aurais jamais imaginé faire dans ma vie -, j'ai rendez-vous chez un « perruquier ». On ne va plus simplement chez le coiffeur quand on est malade, mais chez un prothésiste capillaire. Je vais perdre mes cheveux. 
Quand on vous annonce le cancer, les traitements et sa liste, - non exhaustive - d'effets secondaires, la perte des cheveux est de très loin le plus traumatisant. 
L'alopécie, un joli mot pour un effet secondaire cauchemardesque !

   Le chirurgien m'en a parlé dès l'annonce du diagnostic pour me laisser le temps de m'y faire, je suppose. 
Il existe un casque réfrigérant, congelé entre -25 et -30°C qui permet d'obtenir une vasoconstriction durant l'injection des produits de chimiothérapie. C'est à dire qu'il limite l'afflux sanguin et empêche en partie au produit alopéciant (le poison de chimiothérapie) d'atteindre la racine du cheveu. Pour que cela puisse être efficace, il faut que les cheveux soient très courts. Mais vue l'agressivité de la chimiothérapie que je vais recevoir, il y a trop peu de chance que cela fonctionne. Donc je vais m'éviter une phase de torture supplémentaire et tenter d'accepter de ne plus avoir un poil sur le caillou !

   Ça fait deux ans que je laisse pousser ma tignasse, après un carré plongeant j'avais de nouveau envie d'avoir de la longueur, il m'avait fallu tellement de patience... Et - en coquette fille que je suis -je sortais également d'une cure de Forcapil pour avoir de beaux cheveux forts et brillants... Tout ça pour rien, pour que mes cheveux finissent balayés sur le sol... Je suis dégoutée ! 

   A chaque rencontre avec mon chirurgien, il insiste pour que j'aille raccourcir ma coupe, que le choc soit moins violent. Je finis par m'exécuter et il y a quelques jours, je prends rendez-vous chez le prothésiste capillaire qui m'a été conseillé à l'hôpital :Essentiel Santé.
Je passe la porte d'un ancien hôtel particulier de la Grand rue Jean Moulin, je passe une jolie petite cour, j'emprunte un escalier monumental qui me conduit à un petit salon cosy. Rien à voir avec un salon de coiffure habituel. Un seul lavabo à shampoing, un seul fauteuil pivotant face au miroir, de jolis turbans exposés, c'est séance beauté particulière, en tout intimité !
Je confie donc ma chevelure à Guillaume, un jeune garçon très pro, bienveillant, plein de compréhension et qui me met très à l'aise. On sent tout de suite qu'il a l'habitude de s'occuper des femmes qui traversent l'épreuve du cancer. Plutôt que de me passer la tête immédiatement sous le fil de son rasoir, il me propose une première coupe, un carré pour que l'acceptation soit plus progressive. Allons-y. 
Seconde étape, il faut maintenant choisir une perruque. 

   Je ne veux pas perdre mes cheveux. Je ne veux pas porter de perruque ou de turbans, ou bien même assumer ma tête chauve !
Mais je n'ai pas le choix - Alopécie, je te déteste ! - Ce jour-là, mon père et Mat m'accompagnent pour m'aider à « choisir » . 
J'ai juste envie de pleurer mais Guillaume me rassure et arrive à rendre le moment presque ludique et coquet. On teste le blond, heu... ce n'est pas vraiment ma couleur, fou rire... On teste le court, la coupe Christina ce n'est pas ma tasse de thé non plus... On teste le très long et cheveux naturels, là ce n'est pas dans mon budget... Je finis par opter pour un carré brun en cheveux synthétiques mais de belle qualité. Loin du postiche afro des soirées déguisées, les perruques thérapeutiques sont de très bonnes fabrications, un bonnet tissé main, des cheveux synthétiques aussi doux que des vrais... Et par conséquent elles coûtent très cher !
Seulement ici, on n'est pas simplement chez le marchand de substituts capillaires ! On nous offre tout un service en plus de l'achat du produit : les coupes et soins avant la chute et à la repousse des cheveux sont offerts et on a même le droit à trois soins du corps avec une socio-esthéticienne. Une vraie bulle de bien-être pour femmes malmenées par la maladie et les traitements. Il m'apprend aussi à porter et nouer les foulards car je ne pourrai pas tout le temps supporter la perruque et je vous jure que c'est tout un art !
Il m'annonce également que mes cheveux tomberont à peu près 17 jours après la première chimio. 
Parole d'oracle, exactement 17 jours après la première chimio ils ont commencé à tomber...

   Pour anticiper et ne pas me retrouver des mèches de cheveux plein les mains, ou sur mon oreiller, version film d'horreur, je suis retournée le voir quelques jours avant la date fatidique avec la ferme intention de me tondre la tête et des larmes plein les yeux. 
Puis face à mon malaise, on a finalement trouvé un entre deux, on a coupé très court. 
J'ai tout de suite mis la perruque car je n'accepte pas vraiment non plus la coupe à la garçonne, je ne l'ai pas choisi, comme tout le reste, je la subis ! 
Et le problème n'est même pas seulement le regard des autres, c'est aussi mon propre regard face au miroir. 



deuxième coupe

  Même coupés très courts quand les cheveux tombent c'est l'angoisse, je m'en rends compte sous la douche, je me fais un shampoing, je passe mes mains sur mon crâne et c'est des poignées de mèches brunes qui disparaissent dans le siphon... un pas de plus vers ma gueule de malade ! 

Je décide donc de retourner voir Guillaume, j'ai besoin d'un faiseur de miracles, de quelqu'un de confiance devant qui je peux me mettre à nu, crâne nu. Dernière étape de ma mutation en cancéreuse, il me rase la tête dos à la glace.

   Je ne vais pas me regarder dans le miroir avant le lendemain matin car je sais qu'un flot de larmes ininterrompu m'attend... Ce soir je préfère m'endormir une dernière fois, sans cette nouvelle image de moi. Je porte désormais un bonnet pour dormir, personne ni même Mathieu ne verra vraiment ce à quoi je ressemble maintenant. 
Donc voilà, seule face à mon reflet, je suis officiellement chauve et ce n'est pas beau à voir ! Certaines femmes portent très bien la tête rasée mais c'est loin d'être mon cas. 
Plus l'air blafard, les cernes et le visage qui se creusent... J'ai l'impression de me transformer en zombie.

   Le cancer du sein ne me fait pas seulement perdre ma tignasse mais c'est toute ma féminité que je vois disparaitre. Je continue de me pomponner, me maquiller, mettre de jolis habits, essayer de coiffer et m'approprier comme je peux ces cheveux qui ne sont pas les miens mais je n'arrive plus à me trouver jolie, je ne suis plus qu'un corps malade.
Heureusement, mon amoureux continue de me regarder, de me dire qu'il m'aime, qu'il me trouve belle, et à me désirer, ça m'aide à me sentir encore un peu en vie. 

   En toute sincérité, même si la perte des cheveux est très traumatisante, il y a au moins un avantage à l'alopécie c'est qu'elle concerne tous les poils donc bye bye le pot de cire, le rasoir et la pince à épiler et bonjour la peau douce ! Bon ce n'est qu'un détail insignifiant mais on s'accroche à ce qu'on a d'un minimum positif !



Dernière coupe

  À ce moment de la maladie, il faut d'une part accepter la transformation physique en mutante cancéreuse et d'autre part un corps désormais faible.

La chimio me couche environ une semaine après l'injection mais même les jours suivants, je n'arrive plus à être aussi active, je suis épuisée, une ballade en ville se rapproche de plus en plus du marathon et porter des courses de la voiture à l'appartement, à de l'haltérophilie…
Au départ, je ne m'en rends pas compte, je continue à vadrouiller, je reprends mes bonnes vieilles habitudes et puis c'est le malaise… - heureusement dans une pharmacie, j'ai bien choisi l'endroit ! -.Mon corps me fait comprendre que ce n'est plus possible, il ne me suit plus. J'apprends alors à partitionner mes journées : une sortie, un ou voir deux rendez-vous par jour et surtout du repos... J'ai peur que mon canapé finisse par prendre la forme de mon corps, et je vais devenir incollable sur les sorties ciné et séries du moment ! Mais ça va être aussi l'occasion pour moi de faire tout ce que je n'avais plus le temps de faire avec mon boulot trop prenant : dévorer des livres, bricoler dans l'appart, peindre, tricoter, coudre... Bref s'occuper les mains et l'esprit.



   Si vous êtes sur Montpellier et que vous traversez cette épreuve, je vous recommande vivement de passer la porte d'Essentiel Santé !


Afficher l'image d'origine
 

6 commentaires:

  1. Tu es magnifique sur les photos quelque soit la coupe ou le couvre chef!!! Courage!!! Caro

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Caro, je n'ai pas publié les pires !

      Supprimer
  2. Moi aussi je m appelle lisa et même maladie que toi.
    Je commence la chimio le 9...tres peur!
    Je dois choisir une perruque et couper mon carré moi aussi mais je ne sais pas comment faire exactement. Ou en es tu aujourd hui ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Lisa (je n'ai pas souvent l'habitude de croiser d'autres Lisa sur mon chemin !) J'imagine que tu appréhendes la chimio, c'est une vraie bataille mais il faut s'accrocher, si j'y suis arrivée, tu y arriveras! Pour la perruque et la coupe, c'est bien de se fier à un professionnel, c'est rassurant et il prendra soin de toi. En plus les prothèses capillaires thérapeutiques sont en partie remboursées par l'assurance maladie. Ce n'est pas énorme mais c'est déjà ça. Tu vis (et te fais soigner) dans quelle ville ? Il y a forcement un service adapté comme celui auquel j'ai eu recours. N'hésite pas à demander au personnel soignant et à faire des recherches sur internet en tapant "prothésiste capillaire cancer"+ ta ville.
      J'ai aujourd'hui terminé mes traitements depuis quelques semaines et j'attends les prochains examens pour savoir ce qu'il en est. Je t'envoies plein d'ondes positives et n'hésite pas à me contacter si tu as besoin.

      Supprimer
    2. Bonjour Lisa,
      Je m'appel Romain NOGRETTE.
      Je ne sais pas si nom te parle c'est vrai le temps à passé ,moi je me rapel de toi ,ton pére ,ton petit frére Antoine je crois qui maintenan doit etre devenu un petit homme et bien évidament ta maman Laurence.Je fait parti de l'un des rares enfant a avoir eu la chance et le plaisir d'avoir ta maman comme instite de ma petite section de maternel jusqu'au CM2 et je dois dir que cela ma grandemen reussi que ca soit sur le plan professionel que humain.tout ca pour dir que tu n'imagine pas quel point je suis heureu d'avoir retrouvé ta trace malheuresement dans une période de ta vie qui assez dur et compliqué,je veut fair parti des persones qui te soutiennent a combatre cette bestiole que tu as en toi, lui montrer quelle est toute seul et toute petite donc facilement écrasable il faut surtout pas lui donner le droit de croire que ces attaques te touche et te blaisse et que quoi quelle fasse tu restera une jolie femme debout intouchable et protégé par ton entourage.
      Voici ces quelque mots que je tenai a te dir je ne suis pas la physiquement mais pensée sont pour toi et je continurai a te suivre face a ce combat.

      Supprimer
    3. Salut Romain.
      Je me souviens de toi tu faisais parti des grands de mon école ! Je te remercie pour ces quelques mots c'est très gentil et très touchant. Aujourd'hui je suis en bonne voie pour gagner mon combat mais on a toujours besoin de pensées positives! Amicalement Lisa

      Supprimer

N'hésitez pas à me laisser un commentaire !