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mercredi 25 janvier 2017

Les autres

 
Le chat qui soigne.

Janvier 2016
 
    Accepter le fait qu'on est malade c'est une chose – déjà pas facile - mais le faire accepter aux autres, ses proches, s'en est une autre. 
Et puis le cancer vous touche vous directement mais il a aussi un impacte important sur la vie de votre entourage. Et le moment de l'annoncer aux autres est redoutable ! 

   On serait tenté de faire une annonce générale sur Facebook mais je ne suis pas certaine que le message passe très bien … Alors on prend son téléphone, une bonne dose de courage et on appelle les plus proches (en habitant à Montpellier je me suis éloignée de ma famille et de pas mal d'amis). 
Pour les autres on verra plus tard.
 
  Quand on vous révèle votre état en pleine période des « bonne année, bonne santé », ce n'est pas évident et en même temps ça introduit parfaitement la discussion... 
-Hey, bonne année, bonne santé et plein de belles choses... 
- A toi aussi, et en parlant de santé il faut que je te dise quelque chose ...
Comme toute mauvaise nouvelle, ce n'est vraiment pas facile d'annoncer par téléphone à ses proches qu'on a un cancer. On finit d'ailleurs par compter sur le bouche à oreille pour propager la nouvelle, fatigué, à force de répéter cent fois la même chose et d'essayer d'être rassurant alors qu'on ne sais pas soi-même comment l'histoire va se terminer.
 
   On a le droit à tout un panel de réactions en guise de réponse : l'incompréhension – mais tu n'as même pas trente ans -, les larmes bien sûr, la colère, ceux qui restent sans voix, ceux dont vous sentez déjà qu'ils ne vous lâcheront pas et qui sont prêt à se battre avec vous et puis il y aussi l'indifférence ou la peur. Et toutes ces réactions sont aussi celles par lesquelles je suis passées durant ces derniers jours... 

    La maladie permet aussi aux autres de se révéler à vous. Certains vont vous dire et vous faire comprendre combien ils vous aiment et ils tiennent à vous – la plupart, forte heureusement, j'ai su bien m'entourer ! - et d'autres au contraire vont vous faire sentir contagieux et vont prendre de la distance. Un cancéreux, c'est pas beau, c'est triste et ça se plaint tout le temps. Je vous rassure on ne me l'a jamais dit comme ça mais parfois pas besoin de mots pour se sentir blessé. 
 
   Les médecins m'avaient prévenu la maladie au cours de cette année allait faire un sacré élagage dans les branchages de mon entourage !
Mais je vous rassure ceux qui restent sont les plus importants et si on les a bien choisi dès le départ, les amis (comme la famille) sont, ce qu'ils doivent être, ceux sur qui on peut compter ! 
Il y aura même des gens qui vous surprendront, de qui vous n'étiez pas si proche, ou que vous ne connaissiez pas depuis très longtemps et qui seront ceux sur qui vous pourrez le plus vous reposer. Et puis il y a aussi les amis que les années avaient éloignées et que vous retrouverez dans ce moment difficile parce qu'au fond c'est ça l'amour !

   Après ce flot incontrôlable de sentiments, - je crois qu'avant ce mois de janvier mon téléphone n'avait jamais autant sonné - , viennent les conseils. C'est très touchant au départ, comme une part d'investissement dans le combat, mais vous en recevez tellement et dans tous les sens que ça finit par être irritant et même insupportable (même si c'est fait avec beaucoup d'amour) ... 
- Bon, je dois bien avouer qu'en plus de ça, moi et mon charmant caractère, nous n'avons jamais trop aimé qu'on nous dise quoi faire ! -
Tout le monde à quelqu'un dans son entourage qui est ou qui a été touché par le cancer. C'est comme ça, c'est présent partout et c'est terrible. Moi-même au départ, je ne peux m'empêcher cette comparaison avec ma mère. 
- On m'a dit que...
- J'ai lu dans un article que... 
- Il faudrait que tu fasses/ne fasses pas ceci ou cela...
- Tu devrais manger ceci et surtout pas cela... (Régime végétarien/régime hyper-protéiné/jeûne...)
- C'est sans doute à cause de ceci ou cela si tu es tombée malade... 
- Il faut que tu te prépares à tels ou tels effets secondaires... 
- Il faut que tu fasses de la naturopathie, ou de l'homéopathie,etc...
- ...
   Bref, trop d'informations, tout et son contraire, j'ai déjà du mal à avaler la nouvelle alors tous ces conseils qu'ils soient bons ou mauvais c'est l'overdose, je me noie !
Je ne lis pas et je ne lirais pas d'articles sur les causes du cancer ou comment l'éviter ou le soigner en dehors des sentiers de la médecine. Il devient presque tout mon quotidien alors dès que je peux m'en échapper, je le fais, loin de lui. Et si j'ai besoin d'un conseil, je demanderai.  

  Déjà les médecins m'expliquent que mon quotidien et mes habitudes vont être chamboulés et que désormais tout sera en partie régie par les traitements alors j'ai juste besoin de garder un minimum le contrôle et de faire mes propres choix sur ce qu'il me reste de ma vie.
Chaque cancer et (chaque cancer du sein) est différent et chaque personne est également différente, on ne vivra donc pas les choses de la même manière …
Tout cela je le pense mais je n'ose pas le dire...alors j'entends mais je n'écoute plus. 
 
   Tout va très vite. Le regard des gens sur vous change aussi vite que progresse la maladie. Même si votre corps ou votre visage n'est pas encore touché par les stigmates du cancer, on sent ce regard, on sent le malaise. Certains n'auront aucun problème à vous parler de votre cancer et d'autres au contraire par peur ou par pudeur feront comme si de rien n'était ou comme si ils n'étaient pas au courant. C'est très déstabilisant car je ne sais pas, si du coup si je peux en parler ou si il vaut mieux que je me taise. Ça me met parfois mal à l'aise. Mais c'est peut-être normal, on ne réagit pas tous de la même manière face à la maladie. Moi j'ai choisi d'essayer d'assumer, d'en parler car, J'AI un cancer, ça fait maintenant partie de ce que JE suis...c'est pour moi une façon d'accepter ce qui m'arrive. Un exutoire. 
 
   Je ne suis qu'au début de ce long combat, je ne sais pas encore si ceux qui sont là à l'instant le seront encore dans quelques mois. Mais pour le moment je prends ce qu'il y a à prendre, le soutien, l'amour, l'aide...et on verra bien par la suite. Et ce qui m'ont déjà lâché je n'y pense pas j'ai mieux à faire, je dois survivre. 

 

2 commentaires:

  1. Bonjour on ne se connait pas, c'est le titre 'le chat qui soigne' qui m'a d'abord interpellée car j'ai acheté un chat pour la fille handicapée et ça lui fait un bien inimaginable! J'imagine que ta boule de poils sait aussi t'apporter ce réconfort gratuit, tendre et muet qui est parfois difficile à obtenir des humains. Je ne sais quoi te dire à part te souhaiter beaucoup de courage pour te battre. J'ai 30ans moi aussi, je ne prétends pas connaître ce que tu vis car je ne peux l'imaginer. Par contre je sais ce que c'est de se battre, moi c'est contre la maladie de ma fille, parfois on est à bout de forces, on s'accorde un moment pour pleurer, et on repart en bataille encore plus forte. Ta démarche montre que tu sors la tête de l'eau, bravo! Amicalement. Christelle

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    1. Salut Christelle, oui effectivement je pense que les animaux apportent du bien-être quand on est malade ou souffrant. Je le pensais déjà avant de tomber malade et j'en suis encore plus persuadée maintenant. Je suis certaine que mon chat sentait la maladie. Elle a passé beaucoup de temps couchée sur moi, contre mon sein, tout le temps des traitements...Je te souhaite plein de courage pour ton combat, pour ta fille et je sais que nous sommes tous et toutes plein de ressources incroyables, (et l'amour y est surement pour quelque chose) qui nous donnent la force de se lever chaque jour, d'affronter les difficultés de la vie et de se battre. Avec toute mon amitié.

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