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jeudi 9 février 2017

Round (chimio) numéro 2

 


La guerre des tétons - Lili Sohn
9 Février 2016

   Je coche mon planning de la semaine. Lundi : prise de sang ; mardi : chimio ; reste de la semaine : KO. J'ai choppé une espèce de crève. En plus de s'attaquer à mon cancer, la chimio détruit aussi mes défenses immunitaires. Donc ma crève et moi on se rend à la cure de chimio numéro 2 en véhicule avec chauffeur ! Et oui, déjà compliqué de continuer de s'y rendre en tram et de devoir compter sur les copains pour venir me chercher donc en bonne cancéreuse raisonnable, je me rends à la clinique en VSL (Véhicule Sanitaire Léger, ambulance quoi).

   C'est reparti pour des heures d'attente, branchée à des tuyaux, assise dans mon beau fauteuil rose. J'ai pensé à me préparer mon petit sandwich cette fois, pas question de retenter l'expérience du plateau repas de l'hôpital. Mais les nausées me guettent déjà, je n'ai pas trop d'appétit. Rien n'est très différent de la dernière fois... - sauf que j'ai adhéré au look prédominant : crâne chauve, foulard noué ! -.Je recroise les mêmes têtes, la tv est allumée sur les émissions soporifiques du matin, l'hôpital est rythmé par les va et vient des patients et des infirmières, on attend tous notre tour pour se faire "brancher". Je me sens fatiguée et la fièvre n'aide pas, je n'ai pas la force de lire, alors j'observe, j'écoute, j'imagine la vie de tous ces gens et j'attends que le temps passe. En y regardant de très près, je lis la souffrance dans leurs yeux mais aussi la compassion quand nos regards se croisent, je suis la petite nouvelle et la petite jeune de notre groupe de bras cassés. Le temps se fait long, je pense que je vais finir par maitriser l'art de la patience mais j'ai hâte de rentrer à la maison, et retrouver mon cocon douillet.
 

Idée de costume pour la prochaine soirée déguisée

   Pas de syndrome inflammatoire cette fois-ci mais ma crève mute en vilaine grippe et associée aux effets secondaires, j'agonise.
Les fameuses nausées que je n'avais pas trop ressenties la première fois pointent le bout de leurs nez, j'ai l'estomac qui se tord dans tous les sens, les anti-vomitifs font effet et c'est presque pire. J'ai le nez et les poumons pris, j'ai l'impression de ne plus pouvoir respirer... J'ai la boule à zéro, le moral à zéro, je n'arrête pas de pleurer. J'en suis qu'au début du traitement et je n'en peux déjà plus. Mais comment je vais tenir le coup pendant des mois ?

   Mathieu prend soin de moi, il me prépare à manger – mais je n'arrive à rien avaler - ; avec mon coloc, ils essayent de trouver des solutions pour me soulager –je finis la tête sous une serviette à inhaler des huiles essentielles -mais moi, je souffre et je l'envoie balader. J'ai les nerfs à vif, j'ai envie d'hurler ma colère ...
Quand les angoisses et la douleur s'estompent, je m'en veux de ne pas être facile avec lui. Il fait ce qu'il peut pour m'aider et lui aussi, il subit, il n'a pas choisi de tomber amoureux d'une cancéreuse.
Mais il est toujours là, il ne m'abandonne pas et moi je m'accroche tellement fort à lui que j'y laisse des coups de griffes.

   Mon papa aussi est là, je lui parle au téléphone presque tous les jours, - quand j'ai encore la force de répondre et l'envie de discuter -, et il revient me voir à nouveau cette fin de semaine pour « s'occuper » de sa fille. Je me sens comme quand on est malade enfant et qu'on a besoin de sentir la main de nos parents sur notre front et de poser notre tête sur leurs genoux... Il va pouvoir prendre le relais, que Mathieu puisse souffler un peu.
Dans ces moments difficiles, ça fait du bien de pouvoir s'appuyer un peu sur les autres pour gérer le quotidien, surtout quand passer l'aspirateur devient un sport de combat.
Ma minette aussi veille sur moi, elle vient se coucher sur moi, sur ma poitrine la patte sur le port à cath. Elle sait que je suis malade, elle le sent, elle est toujours dans mes pas, elle me surveille comme une infirmière à domicile !

   Et puis il y a tous ceux qui me téléphonent, m'envoient des messages pour savoir comment je tiens le coup. Je me rends compte que les autres me voient comme une battante, tout le monde à l'air d'être persuadé – bien plus que moi -que je vais me sortir de ça, que je suis forte, que je vais vaincre.
Mais je ne suis pas plus forte qu'un autre et j'ai le droit d'être faible, de baisser les bras, de pouvoir compter sur les autres. Parfois j'aimerais qu'ils puissent aller combattre à ma place.
Être entouré dans la maladie c'est important pour se donner du courage mais face à son cancer on reste seul.

   Ce deuxième round a eu raison de mon moral mais je m'accroche, quelques jours pour me remettre, une ballade sur les bords du Lez vert, une sieste dans les herbes hautes et le soleil qui me réchauffe à travers le jean, des médocs et de l'amour pour panser mon corps et mon esprit et je serai de nouveau sur pied pour attaquer le prochain tour...

   Je sens que j'ai besoin de renouveler mes armes pour être assez forte. J'ai rencontré une infirmière il y a quelques jours par l'intermédiaire du MIS (Montpellier Institut du Sein). Elle écrit sa thèse sur les bienfaits de la relaxation chez les malades du cancer durant leurs traitements. Elle me propose des séances hebdomadaires de sophrologie, qu'elle pourra utiliser comme références pour son sujet. Je n'ai jamais été très douée pour me relaxer mais je crois que ça vaut le coup de tenter. Ça me permettra peut-être de mieux appréhender les prochaines chimios. La première séance n'est pas évidente, me focaliser sur ma respiration, me concentrer alors que des pensées viennent me parasiter, - ne pas oublier mon rdv de demain, envoyer les papiers à la sécu, ajouter des pruneaux sur ma liste de courses... -ce n'est vraiment pas facile. Mais je m'accroche à sa voix et avec un peu de volonté, je finirai par arriver à m'évader un peu. 

   Le MIS m'oriente également vers le programme Movimento qui propose des séances de cardio, deux fois par semaine, accompagnées par un kiné, pour les femmes atteintes du cancer du sein. Je signe tout de suite. Plus de piscine ni de cours de Lindy hop possible pour moi depuis l'opération alors ça tombe à pic. Je sais que je vais en baver - avec mon corps de poupée de chiffon - mais je vais en avoir grand besoin. D'abord pour solliciter mon petit cœur, qu'il ne me lâche pas en route, puis pour éliminer plus rapidement les produits de chimio et enfin pour me vider la tête ! Je songe aussi à contacter la psychologue que j'avais rencontrée à l'hôpital. Je ne suis pas super emballée à l'idée de faire une thérapie mais mon entourage insiste un peu. 
Bon, me voilà un peu mieux armée pour le prochain combat qui arrive à grands pas. Et en attendant, je profite de mes quelques jours de répit bien entourée.

 

Prairie du Lez vert

3 commentaires:

  1. Bonjour Lisa. Je suis Isabelle Martin. Je vous avais déjà contactée. JEtais amie avec votre maman que j'aimais beaucoup.
    Je lis votre témoignage sur ce parcours courageux que demande la maladie. Est ce que la sophrologie vous aidée ?

    Vous avez toute la poésie et la créativité de Laurence.

    Isabelle

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    Réponses
    1. Bonjour Isabelle, ma grand-mère Marie aimerait beaucoup avoir de vos nouvelles. Si vous le souhaitez, contactez moi par mail et je vous transmettrai son adresse e-mail.
      Lisa

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  2. Bonjour Isabelle, je me souviens bien de vous. Oui, les séances de sophrologie m'ont fait énormément de bien. Je n'ai pas su les mettre à profit durant les cures de chimio car la douleur prenait le dessus mais en tout cas après chaque séance avec la sophrologue (même si elles n'ont pas été toutes faciles) je me sentais mieux.
    Il parait effectivement que j'ai hérité de la plume de ma mère, c'est un beau cadeau que j'essaye de préserver...

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