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mercredi 11 janvier 2017

La semaine infernale

 
Du 7 au 12 Janvier 2016

   Je ne suis pas très familière des hôpitaux, même si j'y ai passé du temps enfant pour aller voir ma mère, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu besoin de me faire hospitaliser ou opérer. 
J'allais être servie... deux opérations à une semaine d'intervalle - moi la flippée de l'anesthésie -, et un bon paquet d'examens.
Heureusement mon chir. a une secrétaire en or qui s'occupe pour moi de prendre tous les rendez-vous car j'ose avouer que je suis comme tout le monde, je déteste ça, et je suis paumée ! Je suis obligée de tout vérifier trois fois, je confonds tous les examens, jours et horaires !

   Entre deux examens, mon frangin et Mathieu ont tout fait pour me changer les idées, se balader sur la plage, prendre de la hauteur à Aumelas, séance d'humour noir, - notre spécialité avec mon frangin -et mauvaises blagues sur le cancer pour essayer de dédramatiser... Et puis ça évite de trop réfléchir à la situation. 


Aumelas

   Je crois que j'ai vécu cette semaine sous anesthésie, comme si elle ne s'était pas dissipée pendant ces 6 jours et qu'un nuage de coton m'entourait. Je me laissais porter d'examens en examens.
J'ai tout testé : scintigraphie osseuse, médecine nucléaire, scanner, IRM... L'angoisse... On t'injecte des produits radioactifs qui te donnent un goût de métal dans la bouche puis on t'enferme dans des machines plus impressionnantes et bruyantes les unes que les autres. Je ne supporte pas d'être enfermée, je crois que c'est le pire parc d'attractions que je n'ai jamais fait !
Je pense que celui qui remporte le grand prix de la machine de l'angoisse c'est l'IRM, mais ce jour-là mon frangin est là pour m'accompagner ! Il m'explique comment ça va se passer et qu'il faut que je reste relax.
Salle d'attente face à quatre portes numérotées, et un panneau sur chacune « attention, champ magnétique intense ». Le genre d'endroit où, en toute logique, on éviterait de s'aventurer !




  Entrée dans la cabine pour se changer, il faut retirer tous les bijoux, piercing etc. car l'IRM est un gros aimant. Je retrouve la même magnifique blouse qu'à l'hôpital mais cette fois elle s'enfile à l'envers, ouverture devant, très seyant ! Nouveau cathéter pour l'injection du produit de contraste, qu'on ne sait plus où piquer à force de jolis bleus sur mes mains et l'intérieur de mes coudes. On me fait entrer dans l'arène et je me retrouve face à un minotaure, énorme machine ! Je dois m'allonger sur le ventre, en prenant bien soin de rentrer chacun de mes seins dans une boite, et la tête dans une autre (on oublie d'être glamour...). Puis le manip. radio me pose un casque sur les oreilles (avec une musique du future, horrible !) pour atténuer les grognements du monstre et me tend un objet au bout d'un fil en m'expliquant : 
« Je vous mets cette poire dans la main, si jamais ça ne va pas, que vous vous sentez mal, vous la presser et on arrête tout ! Mais sachez que si on arrête au beau milieu de l'examen, il faudra de toute façon, tout recommencer ! »
OK, super rassurant, moi qui suis une angoissée je me demande ce qui m'attend, mais quoiqu'il arrive...je ne presserai pas la poire ! 
L'examen est un peu long, le bruit est assourdissant, mais j'arrive à m'évader un instant (en faisant abstraction du son dans le casque). Pfiou, l'examen est enfin terminé, je me rhabille, rejoins mon frangin, petit détour par le labo pour aller faire une nouvelle prise de sang et un petit déj chez Starbucks pour décompresser. 

   Six jours d'examens qui défilent à tout allure, et me revoilà sur la table d'opération...
La veille je suis allée me faire injecter un produit de contraste bleu directement dans le sein pour repérer les ganglions à prélever. Je crois que c'est la première fois que j'ai eu les larmes aux yeux de douleurs. 
Nouvelle chambre d'hôpital, nouvelle douche à la Bétadine, nouvelle tenue de papier, nouveau bracelet, nouveau brancardier mais toujours la même angoisse. J'appréhende l'anesthésie, je ne suis pas fan de cette sensation de perte de contrôle. J'en ai déjà marre que l'on m'injecte des produits dans les veines. 
Le chirurgien passe me voir, il me rassure comme la dernière fois et me réexplique l'opération : il va me poser le port à cath sous la peau pour injecter la chimio directement dans mon petit cœur, il fera l'incision sur mon hirondelle tatouée pour ne pas qu'elle se voit, puis il m'ouvrira sous le bras afin de prélever les ganglions sentinelles pour savoir si la chaîne ganglionnaire est atteinte par le cancer ou non.
On parle un peu de Mathieu et moi, et il me dit une dernière chose avant d'aller se préparer :
Dans ce type de situation, j'ai vu des séparations et aussi des demandes en mariage ! Mais ne vous en faites pas, il sera là pour vous, il restera, j'ai l'habitude de cerner les gens dans mon métier et je vois tout de suite ceux qui partiront et ceux qui resteront !
Je m'évapore dans le goutte à goutte des produits anesthésiants avec cette pensée comme si c'était une prophétie. Il sera là, je n'ai pas à m'en faire.

   Je me réveille sans trop de douleurs mais complètement à l'ouest... Il ne me reste que quelques souvenirs flous de la salle de réveil, une mamie qui délire et que l'infirmière n'arrive pas à sonder et un homme qui ne sait pas ce qu'il fait là mais qui a décidé de se lever pour faire pipi... ici ! J'entends tout mais je ne vois rien. Je suis ici mais ailleurs à la fois. J'admire le personnel médical, ça ne doit pas être facile tous les jours.
Petite virée dans les dédales de l'hôpital pour aller passer une radiographie voir si le P.A.C est bien placé avant de retourner dans ma chambre. J'ai froid.

   Mathieu vient me chercher en fin de journée, je m'éveille petit à petit. On attend dans la chambre l'heure de sortie autorisée. On est triste tous les deux mais on rit aussi car le produit injecté la veille colore mes urines en bleu ! Ça vaut la photo ! 

   Voilà, je rentre chez moi charcutée et j'ai un peu l'impression d'être la créature de Frankenstein avec cet appareil sous la peau et le sein arc en ciel d’hématomes. 
Je me sens oppressée, j'ai l'impression de sentir le P.A.C bouger en moi, j'ai du mal à respirer. Je n'arrive pas à dormir, je ne trouve pas de position confortable. Il faudra quelques semaines avant que ça cicatrise et que je m'habitue à ce corps étranger au mien.

   Quelques jours après, résultat du prélèvement, quelques ganglions métastasés proches du sein, ils n'ont pas eu le temps de s'échapper trop loin, on les a arrêtés avant, OUF !
Prochaine étape : rencontrer l'oncologue pour déterminer le protocole de la chimio, puis voir un cardiologue pour surveiller mon petit cœur. 
Toute une batterie de docteurs pour s'occuper de mon cas....













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