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mercredi 18 janvier 2017

Sept mois de Chimiothérapie


La vie est tout simplement un
mauvais quart d'heure composé
d'instants exquis.
Oscar Wilde



19 Janvier 2016

   Verdict après tous ces examens : Carcinome canalaire infiltrant de grade III, tumeur vraisemblablement triple négative (Re-, Rp-, Cerb-) avec un des trois ganglions sentinelles massivement métastasé et les deux autres renfermant des amas de cellules fortement suspectes...
OK, l'ennemi est ciblé - et carrément flippant -et dit comme ça j'allais devoir me préparer à un long et difficile combat...

   Après le premier rendez-vous avec l'oncologue, une visite de l'hôpital de jour (comme pour un nouveau boulot...), une explication sur le déroulé d'une journée type dans ma nouvelle fonction de malade, et une belle quantité de prescriptions plus tard, le protocole de chimio est déterminé. 3 cures de FEC et 3 ou 4 cures de Taxotère. Et une sacrée liste d'effets secondaires.

   La première étape est d'accepter de s'empoisonner et d'être malade comme un chien pour se soigner...
Combattre le mal par le mal, se rendre malade pour aller mieux... c'est difficile à avaler.

   Je me rends à ma première cure de chimio à la clinique Clémentville en tramway, seule... Je suis un peu angoissée. Mon frère m'a proposé de m'accompagner pour la première, j'avais envie de dire oui mais je ne voulais pas le faire redescendre du Havre pour une journée. Et puis c'est mon combat, je dois aussi l'affronter en tête à tête car même si je me sens bien entourée, face à mon cancer JE suis seule. Mathieu travaille mais il me retrouvera dès qu'il aura terminé.
Tout le monde est gentil et rassurant à l'hôpital de jour. Les secrétaires me donnent des contacts d'ambulance (VSL) car elles pensent que venir seule n'est pas raisonnable et que sans doute pour les prochaines je serai trop fatiguée. 

   On m'installe dans une des salles vertes aux fauteuils roses parme, ça ressemble plus à un salon d'esthétique qu'à un hôpital. Il y a une télévision, des magazines, et une petite cuisine pour se faire du thé ou du café. C'est pas terrible niveau couleurs mais on sent la volonté de confort du patient. Et ça parait bien plus chaleureux qu'une chambre d'hôpital.
Je me sens perdue et surtout jeune au milieu de tous ces gens malades à qui on ne peut plus donner d'âge.
J'ai emmené plein de livres, j'ai des films sur mon téléphone, mon casque audio. Je n'ai aucune idée du temps que je vais passer là-bas et j'espère parer à l'ennui.

   Je crois qu'au moment où je me suis assise dans ce fauteuil j'ai enfin réalisé ce qui m'arrivait… Je ne veux pas mourir maintenant, j'ai encore plein de choses à faire, à dire... à vivre.

    Je reçois la visite d'un homme affublé d'un badge BÉNÉVOLE. Il se présente à moi et m'explique qu'il est là pour discuter et commence à me demander les raisons de ma présence ici. Je commence à lui raconter mon histoire en version brève mais je suis très mal à l'aise et les larmes me montent aux yeux. En réalité je n'ai pas du tout envie de lui parler et de lui raconter ma vie. J'ai juste envie d'être tranquille. La femme assise à ma droite a dû sentir mon malaise et vole à mon secours. Elle finit par le faire partir et pose un regard bienveillant sur moi.
Elle est atteinte d'un cancer avec métastases aux poumons et n'en n'est pas à sa première série de cures de chimio mais malgré ça elle garde le sourire, me rassure et me dit de m'accrocher.

   Mon infirmière s'appelle Marie, elle est drôle et m'explique tout ce qu'elle fait et comment ça va se passer. On met chacune un masque de papier et elle me pique dans le P.A.C. Je ne sens rien. Même pas mal.
Et c'est parti, les poches de poisons suspendues sur un pied à roulettes, ma mutation en X-men est entamée. Je me sens comme Logan quand son squelette est recouvert d'adamantium et qu'il devientVolwerine.
Il fait beau ce jour-là alors je décide d'aller prendre le soleil avec mon pied à perf, j'immortalise l'instant tellement ça me paraît surréaliste.
Normalement il est déconseillé de se balader avec tout son matos dans l'enceinte de l'hôpital mais j'arrive à négocier et je promets de rester sur le parking de derrière, et de ne pas me sauver ! 




   Je commence à me sentir patraque, retour à mon fauteuil.
Le seul truc que Marie a oublié de me dire c'est que la chimio donne très envie de faire pipi, et aller aux toilettes branchée à des tuyaux avec son pied à roulettes, ça relève de l'expédition, mais surtout elle ne m'a pas dit que le FEC colore l'urine ! - Imaginez ma surprise en me relevant de la cuvette et en découvrant l'eau des toilettes colorée en rouge... -pendant une demi seconde "Oh mon dieu... du sang", puis je lève la tête vers mes poches de poison... l'une d'elle est rouge. 
Mon premier pouvoir en tant que mutante : le pipi rouge ! Bon c'est fun mais y'a mieux...

   Ensuite, une femme vient prendre ma commande pour le repas, je suis là depuis un moment et j'espérais ne pas avoir à déjeuner là mais je passe ma commande. Il y a du choix, plusieurs entrées, menu du jour, plusieurs desserts, eau plate ou eau pétillante, sodas, sandwichs, salades... Je suis surprise.
Par contre au moment où j'essaye d'avaler mon repas, c'est la déception... Bon certes je suis un peu difficile sur la qualité de ce que je mange mais là, ça me donne la nausée, je ne peux vraiment pas toucher à mon plat. La bouffe d'hôpital ça reste de la bouffe d'hôpital. Je n'ai pas le choix que de manger un peu pour pouvoir sortir, alors je prends au moins mon dessert.
Ma collègue de fauteuil s'est emmené son repas, c'est décidé la prochaine fois je fais de même ! 

   En milieu d'après-midi je suis enfin libérée, une copine vient me chercher puis on rentre se boire un thé à la maison pour papoter. Je ne me sens pas trop mal, je vais juste faire pipi toutes les cinq minutes...
Cette nuit-là je ne vais pas dormir. Je ne trouve pas le sommeil. Je me sens bizarre, mon cerveau est en mode accéléré. 

   Puis le lendemain matin les symptômes arrivent : des nausées, des courbatures, des sensations de fièvre, des maux de têtes... puis l'impression que mon corps entier brûle. Je ne supporte même plus mes vêtements. J'ai l'impression d'être dans un cauchemar qui durera trois jours... J'agonise. 
Syndrome inflammatoire.
OK c'est donc ça la chimio, je me sens empoisonnée, je ne veux pas revivre ça toutes les trois semaines, pas de répit.

   Papa arrive le vendredi après-midi, j'ai l'impression que ma tête va exploser, trois jours sous le plaid j'ai besoin de prendre l'air mais dur de trouver la volonté de bouger...
Pas le choix trois hommes contre ma volonté... Alors on prend la voiture avec Mat, mon coloc et mon père et on part prendre l'air aux fesses de la Madame à Grabels.
J'ai besoin d'air frais, alors une source et un peu de nature à quelques kilomètres de Montpellier sont les bienvenus. J'ai du mal à marcher, je sens mon corps tellement faible et en même temps j'ai enfin l'impression de respirer et mon papa est là...



Les fesses de la Madame - Source de l'Avy- Grabels



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