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mardi 28 février 2017

Manuela Wyler - Fuck my Cancer - Je ne peux plus.

    Aujourd'hui, et en attendant mon prochain billet, parce que j'ai été très émue par la disparition de Manuela Wyler, la semaine dernière, j'aimerai partager avec vous un de ses textes, extrait de son blog Fuck my Cancer .

 Depuis 2013 je vis avec un cancer du sein. Je n’ai plus de seins mais toujours un cancer et je dis Fuck my cancer parce que vivre avec un cancer n’est pas rose.
Je suis petite je mesure 1,57m quand je me tiens droite et quand je me mets sur la pointe des pieds bras tendu après rééducation de la chirurgie des ganglions et de la mastectomie j’arrive encore à prendre un verre sur la troisième étagère du placard de la cuisine. J’ai élaboré plein de techniques pour palier à mes handicaps divers, la cuillère en bois à manche long pour faire glisser le paquet de sucre glace de l’étagère et l’attraper de la main libre par exemple. J’utilise une chaise en bois bien solide dans ma cuisine comme escabeau. Mais l’assise de la chaise me semblait un peu haute à atteindre ces derniers jours. Mes jambes n’arrivaient pas à me hisser ou plutôt je manquais de force et d’équilibre et devait m’y prendre à deux ou trois fois, je ne disais rien. Dans le garage j’ai deux escabeaux de tailles différentes dont les marches correspondent plus à ce que mes jambes sont encore capables de gravir. Aujourd’hui marque le jour où la tentative de la chaise s’est soldée par un échec. Cuisant. Encore une chose que je ne peux plus faire. J’ai pourtant essayé trois fois de grimper sur cette maudite chaise, rien, pas de force ni dans les jambes ni dans les bras accrochés à la porte du four. J’étais seule dans la maison, seule dans la cuisine et le bouton d’alarme est sagement rangé dans ma table de nuit. Je sais c’est stupide. J’ai évité la chute en abandonnant la tentative. J’ai attendu que le vertige passe , oui en plus j’ai des vertiges. Lorsque tout fut calme je suis allée dans le garage chercher un escabeau. J’ai grimpé les trois marches pris le paquet de lasagnes et après avoir sorti les plaques qu’il me fallait j’ai rangé le paquet sur la troisième étagère et l’escabeau dans le garage.
Il était 11 h ce matin lorsque j’ai compris que je pouvais rajouter à ma liste des #jenepeuxplus « grimper sur une chaise ». Il y avait eu l’épisode de l’échelle au lac du Bourget où j’ai eu un mal de chien à grimper sur le ponton, je n’avais pas trop commenté mais ça m’avait mise en pétard. Mouillé le pétard.
Certains me diront :
• Ça n’est pas grave mets les lasagnes sur la deuxième étagère,
• Sers-toi de l’escabeau
• Sors de l’eau par la plage de galets
Ou bien encore on me suggèrera de faire de la gymnastique pour me muscler et m’assouplir. Cela ne changera rien au fait que je ne peux plus faire un truc aussi banal que de grimper sur une chaise et que bien sûr comparé à des handicaps sévères je peux aller me rhabiller avec mes petits troubles dus à la méningite. Sauf que sur le moment tu n’y penses pas aux handicapés, tu penses à ta pomme et tu es un peu en colère, encore en colère. La colère du cancer tu connais ? C’est celle qui fait sauter les plombs une fois de temps en temps, pas toujours au bon moment, pas toujours face à la bonne personne. Mais ça libère de toutes les frustrations que tu endures depuis le début de ta maladie. La colère ne te rapportera rien, elle ne te rendra pas les #jenepeuxplus tu le sais mais néanmoins tu la gardes ta colère, elle te permet de tenir certains jours.
J’en ai une grande variété dans ma collection.
La dernière que j’ai rangée a été causée par le mari d’une amie cancéreuse, un type dénué de la moindre once d’empathie, il vit dans un pays froid ça lui va comme à un gant. Pour lui j’aurais pu retrouver un peu de force et lui asséner un coup de genou, à l’époque j’arrivais encore à lever la jambe. Mon amie a comme compagnon un homme qui n’est pas parti à l’annonce de la maladie, non sa lâcheté a été de faire comme si de rien n’était. RIEN, il n’a rien fait, ni coup de main dans la maison, ni les courses, ni les repas, ni le linge ni même s’enquérir de ses besoins. RIEN. Pas présent après la chirurgie, absent pendant les chimios, absent pour la radio. RIEN Ça m’a bien mis en colère, je ne le connais pas, ils vivent loin, très loin d’ici.
Elle s’en est sortie toute seule, elle a fait la brave, la forte celle qui fait face.
Pourquoi je vous parle de ça ? #Jenepeuxplus m’en souvenir. Pas grave, ça reviendra peut-être plus tard. 


Manuela Wyler - Je ne peux plus - Fuck my Cancer

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