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jeudi 4 mai 2017

La Der des der !

Domino - Concours Etsée Lauder Pink Ribbon Photo Award 2014

28 Juillet 2016

   Aujourd'hui, pour la première fois depuis sept mois, je me lève avec le sourire pour aller à l'hôpital. Ça y est dernier jour de chimiothérapie pour bibi ! - Dernier jour de toute ma vie, je vous le jure ! -.
Sept mois branchée à un tuyau qui m'empoisonne lentement - je me sens libérée, délivrée... - Je me regarde dans le miroir, je suis gonflée, bouffie par des mois de cortisone et la chaleur n'arrange pas les choses. Je ressemble à Bibendum de la tête aux pieds !
Pour mon dernier passage sur le ring, ma copine Marion m'accompagne. La veille on décide de se faire un petit resto en tête à tête pour fêter ça après une après-midi plage.
Pendant que Marion prend sa douche, je décide d'aller arroser mon petit jardin sur le patio. Quelques gouttes d'eau tombées sur le carrelage, je passe un pied par la porte fenêtre et là c'est le drame. Je glisse, tombe en arrière et mon bras et ma tête heurtent le champ de la porte. Je suis sonnée. Le bruit sourd de ma chute précipite Marion hors de la douche, elle passe sa tête par la porte de la salle de bain et me demande si tout va bien. Je lui réponds oui sans réfléchir. Je n'arrive pas à me relever. J'ai mal partout, j'ai du mal à identifier quelles parties de mon corps ont cogné. J'ai la tête dure, donc la douleur s'estompe vite. J'ai un peu mal au genou mais surtout le bras gauche me lance. Je l'examine. La pivoine sur mon avant-bras baigne dans le rouge. Et m**** !
Je descends à la cuisine pour nettoyer la plaie. C'est large et profond, ça mériterait quelques points mais un pansement fera l'affaire, je n'ai ni l'envie, ni le temps et encore moins le courage de passer ma soirée aux urgences. J'ai une fournée de cookies à préparer pour demain et je compte bien profiter du resto !
Marion sort de la salle de bain, elle voit mon pansement déjà tout rougeoyant. 

"- Mais je croyais que tu n'avais rien, tu m'as dit que ça allait ! Ça saigne grave là ! Tu as fait un sacré boom, tu m'as fait peur...

- Ça va, ça saigne mais ce n'est pas grave. Ma pivoine a un peu morflé par contre."

   On part au resto, on profite d'un bon repas, d'un verre de vin et un dessert car on est gourmande ! Je pique une clope à Marion pour digérer mon repas. Je n'ai pas fumé depuis un bout de temps. Quelques taffes et la tête me tourne. Je bois un verre d'eau mais je continue à voir des étoiles. Trop d'émotions - et de nicotine -pour ce soir, je suis en train de faire un malaise ! Je finis par reprendre mes esprits et on rentre. Ma pauvre Marion, je lui en fais voir de toutes les couleurs ce soir !

   De retour à la maison, je me lance dans ma fournée de cookies maison. J'ai repris des couleurs et j'ai un regain d'énergie. On papote de notre organisation de demain et là je réalise que bien qu'elle ait le permis, Marion ne conduit pas. Petit souci que je n'avais pas du tout anticipé ! Pour y aller il n'y a pas de problème je peux conduire mais à la sortie, c'est impossible pour moi – un danger public au volant –, je plane à cause des médocs injectés et je vois tout flou à cause du bandeau sur les yeux. Et, évidemment, je réalise le problème, minuit passé, la veille de m'y rendre... donc pas possible d'appeler une ambulance... Bien que la clinique ne soit pas très loin de chez moi, je ne serai pas non plus en état de marcher autant. Mathieu bosse en Lozère...
Coup de chance, ce soir-là mon coloc rentre de garde pour 24h ! Il propose de faire le chauffeur : parfait on est sauvé. 
J'en profite pour lui montrer mon bras. 
"- Tu aurais dû aller aux urgences, il faut des points !" 
Il part chercher sa trousse de secours dans la voiture et étreint mon bras dans un bandage pour resserrer un maximum les berges. Il me conseille de demander aux infirmières de l'hôpital de jour de me poser des strips. 
Une soirée pleine de rebondissements, je m'endors à poings fermés et me réveille avec le sourire ! 


C'est la Dernière (de tout la vie...)

   C'est la der des der ! Bien qu'heureuse d'en finir, j'ai tout de même un petit pincement au cœur de quitter tous mes camarades de guerre et les infirmières. C'est pour elles les cookies. Pour les remercier de leur patience et de leur gentillesse. Car on n'est pas toujours facile à vivre nous les patients !
Cette dernière séance se déroule comme toutes les autres. Je patiente jusqu'à mon tour, on me passe la prémédication au goutte-à-goutte. J'enfile mon masque, mes gants et mes chaussettes de glace. On m'injecte mon produit de chimio puis le rinçage. Et au milieu de tout ça j'ai le droit aux strips sur mon bras. Pas de prochain rendez-vous noté sur mon carnet de soin, c'est mon dernier combat chimique face à mon crabe. J'espère l'achever...
Ce n'est pas encore terminé mais un grand pas de fait.

   Tout le corps médical me dit que j'ai fait le plus dur, j'espère bien car ce combat m'a semblé interminable et même si j'ai pris une longueur d'avance sur mon adversaire, il m'a aussi mise K.O. Je ne suis pas prête de recommencer. 
On déploie tellement de forces en l'espace de quelques mois qu'on a l'impression d'avoir perdu des années. Dans la vie ce n'est pas comme dans les jeux vidéo, toute l'énergie perdue, on ne la retrouve jamais, elle s'est évaporée dans les tubes du cathéter...

   Je jette un dernier regard sur mes compagnons, sur les infirmières, sur cette salle rose et verte où j'ai vécu tellement de choses durant sept mois... j'ai la larme à l'œil. Je dis adieu et je tourne les talons. C'est terminé. Je suis épuisée. Prochaine étape les examens de contrôle pré-op. 

   J'ai un mois de liberté provisoire avant mon opération alors je vais en profiter. 
Le mois d'août arrive, alors au programme : copains, plage, soleil, alcool, bonnes bouffes et escapades !
Je vais vivre. 
Je dois aussi préparer le mariage de ma meilleure amie, prévu le 10 septembre. Oui, car même si l'année 2016 est putain de merdique pour moi, le monde ne s'arrête pas de tourner et elle laisse place à des petits bonheurs, mariage pour certains et bébé pour d'autres !
Les effets secondaires seront encore là enchainés à ma cheville comme des boulets, et la fatigue me colle aux basques comme mon ombre mais je vais faire du mieux que je peux pour profiter de chaque instant de liberté.


Daughter - Youth


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