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mardi 3 avril 2018

Dix jours d'hypocondrie

10 jours d'Hypocondrie-LS


19 Juin 2017 

   Dix jours dans la peau d'une hypocondriaque. Ce n'est pas le titre d'un film mais ce que j'ai vécu. Ce n'est pourtant pas mon genre... D'habitude je donne plutôt du « ce n'est rien, ça va passer, rien de grave, même pas mal ! » Je crois que je peux classer cela dans la liste des effets secondaires du Cancer. Dix jours toxiques, dix jours affreux, à penser que le Cancer était revenu, qu'après le sein droit il s'attaquait au sein gauche – manœuvre de traître ! - . Dix jours de réflexions qui fusent dans tous les sens : foutu Cancer ! Si je fais une récidive, je ne retournerai pas en chimio, impossible, trop tôt, je ne veux pas revivre cela une deuxième fois. Rien qu'à l'idée j'en ai déjà la nausée. La radiothérapie, les opérations, passent encore mais pas de chimiothérapie. Et si je n'ai pas le choix ? Je laisse tomber ? Je me laisse mourir ? J'abandonne tout et tout le monde ? Peut-être bien... Est-ce que je pars vivre mes derniers jours dans un endroit paradisiaque, sans contrainte, sans douleur ? Que vont penser les autres ? Mon entourage, ma famille, mes amis ? Je ne dirai rien … Je partirai leur laissant croire que tout va bien... Est-ce que je dois écrire un testament – j'avoue que je ne possède pas grand chose de valeur – et donner les directives de mes obsèques ? M****, est-ce que je dois vraiment leur faire subir ça ? 
Et j'en passe...

   En tout cas, je me suis infligée cela à moi-même durant ces dix jours... Etrange car durant plus d'un an de traitements je n'avais pas beaucoup pensé à tout cela ou en tout cas j'avais mis ce type de pensées en sourdine. J'avais plutôt choisi de mettre toutes mes forces dans la bataille et je m'étais promis d'avoir ce genre de réflexions seulement en cas d'échec cuisant contre le crabe !
Sauf qu'à l'époque je ne savais pas ce qui m'attendait... L'angoisse n'est plus la même. À ce moment-là, je crois que j'ai moins peur de mourir que de revivre les traitements. 
Il suffisait pourtant d'attendre dix jours pour savoir avant de commencer à se faire du mouron. Mais nous sommes tous pareils, quand la peur prend le dessus, la raison se tait...

   Lundi 19 juin, l'heure du verdict a sonné. Mon père et Emilia sont à Montpellier mais comme à mon habitude je me rends seule au rendez-vous. J'ai déjà du mal à gérer ma propre peur alors je ne veux pas de celle des autres.
Je me sens très mal, plus je me rapproche de la clinique, plus j'ai la nausée. J'ai tellement envie de faire demi-tour. Je veux savoir mais je ne veux pas savoir... 
Salle d'attente, mon cœur bat tellement fort que j'ai l'impression que tous les patients assis autour de moi peuvent l'entendre. Je sens mon corps assis là sur la chaise mais mon esprit lui tente de s'échapper, loin, très loin. 

   Le médecin qui a pratiqué la biopsie entre dans la salle et me ramène à la réalité. Il vient me chercher et me fait entrer dans une toute petite salle impersonnelle avec trois chaises et une petite table basse. Drôle d'endroit pour annoncer de drôles de nouvelles. Il tient mon dossier à la main. Je tente de décrypter chaque mimique de son visage avant même qu'il ait ouvert la bouche pour essayer de deviner la bonne ou la mauvaise nouvelle. 
Il a un grand sourire, pas vraiment la tête d'une mauvaise nouvelle, enfin j'espère sinon c'est bizarre. 
« - Tout va bien ! Je vous l'avais dit ! C'est de la matose.
- Même ce petit nodule que je sens en permanence, c'est de la maltose ?
- Oui ! Tout est ok. Il n'y a pas à s'inquiéter. 
- Mais qu'est-ce que c'est d'ailleurs la mastose ? 
- Ce sont des kystes ou des fibroses qui se forment dans les seins à cause d'un dérèglement hormonal. C'est souvent douloureux avant le début des cycles et très fréquent notamment en pré-ménopause.
- Ok mais je n'ai que 30 ans et je n'y suis pas encore à la ménopause ! Ça se traite comment ?
- Et oui, ça arrive parfois à la suite d'un cancer, les seuls traitements sont à bases d'hormones donc ils vous sont interdits. 
- Ah. Ok, merci. Au revoir ou - adieu plutôt-. »
 


   Je sors de là et j'ai l'impression de planer ! Je me retourne vers ce grand bâtiment blanc entouré de palmiers, et je sens le soleil qui m'effleure le visage. Je me sens bien. J'esquisse un sourire. « Allez, salut ! ».
Tout va bien. C'est enfin une réalité. Plus d'hosto pour un petit moment. Enfin jusqu'à la reconstruction bilatérale prévue dans quelques mois. Mais en attendant je vais pouvoir vivre, vraiment ! Prendre de nouveau la vague sans trop me soucier du cancer et avec Dame Oclès un peu plus loin dans mes sillons.

   Je saute dans ma voiture pour m'éloigner le plus vite possible de cet endroit et annoncer la bonne nouvelle. J'appelle d'abord Mathieu car c'est avec celui que j'aime que j'ai envie de partager ce moment de libération, en premier ! « Je vais bien, ne t'en fais pas ». En prononçant ces mots, ils résonnent dans ma tête comme un écho et c'est à cet instant précis que je prends conscience de ce qu'ils signifient réellement. Comme si je me le jurais enfin à moi-même « Je vais bien, ne t'en fais pas ». Puis je retrouve papa et Emilia pour leur dire. Les peurs tombent et le soulagement s'installe. Ouf ! 
On oublie toutes ces réflexions qui m'ont polluées durant ces derniers jours. Je suis enfin prête à revivre, à tourner pour de bon la page de cet étrange épisode de ma vie, car même si je sais que le Cancer peut revenir à tout moment, il peut aussi toucher n'importe qui n'importe quand et aujourd'hui, dans l'instant présent, je vais bien. 
Peut-être en effet que, comme le pensait mon chirurgien, cet examen était superflu mais il m'aura permis d'être enfin plus sereine et de me libérer de ces chaînes qui m'empêchaient d'avancer.
Ste Enimie - Lozère

   J'ai maintenant envie de vivre présente dans le présent. J'ai prévu de passer mon été en Lozère avec Mathieu pour travailler dans la crêperie familiale. Je ne profiterai pas des bains de soleil en bord de mer mais plutôt du charme d'un village médiéval et des baignades en rivière, entre deux services. 
J'aurais pu partir en vacances mais j'ai fait plutôt le choix de renouer, à ma façon, avec la vie sociale et professionnelle. Le travail saisonnier est un peu violent comme retour à l'emploi mais je sais que ce n'est que pour quelques semaines et que je serai bien entourée. Cela va aussi me permettre de savoir ce que mon corps peut et ne peut plus faire. Mais aussi de changer un peu d'air. Je pars dans un nouveau souffle pour mieux me reconstruire. 

   Et quand viendra le mois de septembre, ce sera la dernière étape de ma reconstruction physique. Je repasserai sous le bistouri de mon chirurgien pour essayer de réparer tant bien que mal les dégâts causés par la maladie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Après presque deux ans je pourrai enfin vivre ma prochaine vie, tel un chat. 


Girls In Hawaii - Flavor

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